lundi 2 juin 2014

[...and if you've got no other choice, you know you can follow my voice through the dark turns and noise of this wicked little town...]

Hey !! Je me dépêche de finir cet article, y'en a un autre qui m'attends...je suis trop à la bourre sur mes articles, c'est n'importe quoi !



pourquoi aller chez le psy alors que je peux simplement vivre à New York et rester bizarre ?



Dimanche, je suis montée de bonne heure sur New York, parce que je savais que l’après j'allais passer trois heures à faire la queue devant un théâtre, et, si j'obtenais un ticket, deux autres heures enfermée dans ledit théâtre, donc je me suis dit que j'allais au moins profiter du beau temps le matin. Du coup, je suis allée me balader dans mon quartier préféré : le Village








Pour se faire j'ai d'abord traversé Chelsea. je suis passé par Chelsea Market, mais à 8h un dimanche matin, bizarrement, c'était désert









Les rues du Village ne sont pas sur le modèle du quadrillage comme le reste de New York. Du coup j'ai réussi à me perdre, vite fait.

Enfin, j'étais pas VRAIMENT perdue. plus "tiens, comment ça se fait que je me retrouve là, moi ?"













Washington Park









Green Tea Frappuccino in the Village













 L'architecture de New York est géniale. Des fois, y'a des bâtiments, tu sais pas vraiment pas ce qu'ils foutent là
 Celui ci, par exemple est super incongru au milieu des rues de New York...








Ensuite j'ai remonté les avenues jusqu'à la 1st Ave, avant de remonter les rues jusqu'à 44st Street


Grand Central Station







A midi, me suis dirigée vers le Belasco Theater, où se trouve en ce moment le show "Hedwig and the Angry Inch". Ils organisent un tirage au sort à midi pour un show à 15h, et ils ont quelques places en standing room. Je pensais que 3h à l'avance, il n'y aurais pas encore trop de monde dans la queue...ben tiens ! 









Je fais le tirage au sort tout en gardant ma place dans la queue, évidemment mon nom n'est pas choisi... Je suis 19ème dans la queue, on doit attendre encore une heure en plein soleil, et je suis persuadée de ne pas avoir de place vu que quelqu'un dans la queue a lu quelque part sur internet qu'ils n'avaient que 15 places...à ce moment là j'ai bien failli partir, mais je n'ai rien prévu pour mon aprèm et je tape la discute avec les gens autour de moi, alors autant rester... au bout d'une demie-heure, un employé vient pour compter combien on est dans la queue pour pouvoir laisser partir ceux qui n'auront pas de tickets...j'obtiens l'avant-dernier ticket...HOURRA !












"Hedwig and the Angry Inch" est un musical off-Broadway de 1998 et un film de 2001, et le revival vient d'ouvrir, cette fois à Broadway, avec Neil Patrick Harris dans le rôle principal.
Oui, j'ai vu NPH sur scène. Nous y reviendrons.




J'ai donc une place debout dans le fond de l'orchestre, mais comme c'est une petite salle, j'ai une super vue. surtout pour 29$.




Le concept de cette pièce, c'est que nous sommes le public d'une chanteuse de rock transsexuelle imaginaire, Hedwig, et de son groupe, The Angry Inch. C'est un peu comme si on faisait partie de la pièce, du coup, parce que on "joue" le public qui est venu voir le concert d'Hedwig. Dans le film, ils ont des acteurs pour jouer le public. Sur scène, c'est nous....J'ai pas l'impression d'être claire...Vous voyez l'idée ?
Entre deux chansons, Hedwig nous raconte directement son histoire, comme un très long monologue.







Hansel, un jeune allemand passionné de philosophie et de rock, vivait à Berlin-Est et rêvait du monde du rock de l'autre côté du Mur.
Dans la chanson "Tear Me Down", Hedwig parle de la construction du mur en 61, et les descriptions de la ville coupée en deux sont autant de métaphore pour Hedwig elle même
(clip du film [x])







Elle raconte ensuite comment sa mère lui racontait l'histoire de l'Origine de l'Amour pour l'endormir, et enchaîne sur la chanson "The Origins of Love".







J'en ai déjà parlé dans mon dernier article :
Tout au long du show, Hedwig fait référence au discours d'Aristophane dans Le Banquet de Platon. Ce discours, rappelé dans la chanson Origin of Love, raconte le mythe de l'androgyne ; chaque être humain était à l'origine double, puis fut séparé par Zeus, effrayé par leur pouvoir rivalisant presque avec celui des Dieux. Depuis, chacun recherche sa moitié perdue, homme ou femme.
Hansel grandit donc persuadé qu'il est incomplet et doit retrouver sa moitié
(clip du film [x])





 



 Hansel, devenu un jeune homme, rencontra Luther Robinson, un soldat américain, qui tomba amoureux de lui. Hedwig raconte leur rencontre dans la chanson "Sugar Daddy"
(clip du film [x])

















 Ils décidèrent de se marier ce qui permettra à Hansel de quitter l'Allemagne de l'Est pour les États-Unis. Seulement, en 1988 en Allemagne de l'Est, le mariage homosexuel n'était pas vraiment à l'ordre du jour...ils décidèrent alors que Hansel se servirait du passeport de sa mère et prendrait son nom, Hedwig, et passerait sur le billard afin de procéder à un changement de sexe.
Je ne sais pas comment ils ont réussi à se convaincre que se faire faire une opération illégale à l'époque, par un chirurgien véreux payé au black EN ALLEMAGNE DE L'EST BON SANG!, ça allait bien pouvoir se terminer. Bref.
Le chirurgien miteux bâcla l'opération, et Hansel/Hedwig se retrouva alors mutilé(e), et ni vraiment homme, ni vraiment femme. Ils réussirent quand même à passer les test d'immigration, et se marier, et partirent vivre aux USA.
Hedwig raconte l'opération dans la chanson "The Angry Inch" (clip du film [x])






À leur premier anniversaire de mariage, Luther quitta Hedwig pour un jeune garçon, et le même jour, on annonça la chute du mur de Berlin et la réunification de l'Allemagne. Un an d'attente aurait pu éviter l'opération...Seule, mutilée et abandonnée, Hedwig resta habiter seule dans sa caravane au milieu de ses perruques, une période difficile qu'elle raconte dans la chanson "Wig in a Box" (clip du film [x])






Elle essaya de monter un groupe, et en parallèle fit des petits boulots pour subsister et c'est en babysittant qu'elle rencontra le timide adolescent catho et mal dans sa peau Tommy Speck, avec lequel elle eu une liaison, et auquel elle donna le nom de scène de Tommy Gnosis.
Dans la chanson "Wicked Little Town", elle raconte sa rencontre avec Tommy [x]





Mais ce dernier, nous raconte Hedwig, dégouté par son physique, l'abandonna pour devenir une star à l'aide des chansons que Hedwig avait écrites.
Hedwig, envahie par l'émotion, est incapable alors de continuer à raconter son histoire, et c'est son mari, Yitzhak, qui fait partie du groupe, qui chante la chanson "The Long Grift" qui s'adresse à Tommy et l'accuse d'avoir utilisé Hedwig pour ses chansons  (clip du film [x])











Hedwig se remet de ses émotions, et dans la chanson "Hedwig's Lament", résume sa vie "j'ai perdu une partie de mon coeur : j'en ai donné un morceau à ma mère, j'en ai donné un morceau à mon homme, j'en ai donné un morceau au chanteur...il a pris tout le meilleur et s'est enfuit" (clip du film [x])






Elle raconte ensuite comment elle rencontra son mari, Yitzhak, et monta son groupe de Rock, qu'elle nomma The Angry Inch, en référence à ses organes génitaux mutilés.
A ce moment du spectacle, Hedwig est arrivée à la fin de son histoire, elle nous a conté sa vie, ce qui l'a mené à ce concert, ici dans le Belasco : le groupe suit Tommy dans sa tournée, car Hedwig le considère comme son âme-sœur et pense qu'elle a besoin de lui pour être entière, et balance sans cesse entre l'envie de se réunir avec lui ou celle de le détruire.
Or Tommy est en concert à Times Square, d'ailleurs lorsqu'elle ouvre la porte de fond de scène, on entend un groupe de rock et une foule en délire.













Je n'ai pas vraiment compris la fin, je crois que c'est voulu, mais dans un accès de colère, Hedwig arrache ses vêtements et sa perruque, faisant apparaître son physique masculin au son de la chanson "Exquisite Corpse"
Sans doute pour rejeter cette identité qu'il/elle n'avait jamais désiré, et qu'il/elle s'était senti forcé d'adopter, puisque son identité féminine, permettant son mariage, était la clé de son émigration aux USA

On voit ensuite Tommy chanter une reprise de "Wicked Little Town", la chanson qu'Hedwig avait écrite pour lui...
Est-ce réel ? Est ce que au milieu de son concert à Times Square il a pris conscience qu'il doit son succès à Hedwig,
ou bien est-ce un rêve prenant seulement place dans l'imagination d'Hedwig? On ne le sait pas.
(dans le film Hedwig et Tommy sont deux acteurs différents, mais sur scène c'est le même acteur qui joue les deux personnes, ce qui renforce encore plus la confusion.)
(clip du film [x]) 


Mon avis c'est que c'est dans sa tête. Mais ça n'en reste pas moins important : c'est le moment où Hedwig fait la paix avec Tommy, et lâche prise avec son passé...

 Le show se termine sur la chanson "Midnight Radio" qui est une chanson cathartique : malgré tout ce qui lui est arrivé, Hedwig a trouvé sa place : des fans, un groupe, un mari qui l'aime avec son passé et ses blessure. C'est un ode aux marginaux et aux inadaptés, d'ailleurs lorsque les acteurs scandent "Lift Up Your Hands", toute la salle lève les mains au ciel.
C'est aussi une chanson qui refuse la distinction des genres : comme David Bowie ou Iggie Pop, ses idoles, Hedwig est à la fois masculin et féminin...fluidité des genres et tutti quanti.
Yitzhak, son mari, arrive d'ailleurs sur scène en drag queen pour chanter avec Hedwig,
(clip du film [x]) 







The End


~ ~ ~


Neil Patrick Harris, que la plupart d'entre vous connaissent en tant que Barney Stinson dans "How I Met Your Mother", fait son retour à Broadway ! Il a troqué costards, cravates et "Bro Code" contre mini-jupes en jeans, talons hauts, perruques blondes, et accent germanique... Et il chante du Punk-Rock. 
 




Il gère sur scène, c'est vraiment incroyable. Il n'a aucune inhibition, il descend dans le public danser sur les gens, crache de l'eau sur le premier rang, etc... Et s'il maîtrise très bien le coté provocateur du personnage d'Hedwig, il n'en révèle pas moins les fragilités, et délivre une prestation absolument émouvante.


Car, oui, c'est un show cru, parfois vulgaire...mais qui a aussi énormément de cœur : Hedwig s'abrite derrière sa grande gueule et sa provocation, mais nous laisse voir au travers. "Je dois en rire sinon je vais pleurer" nous dit-elle, et c'est exactement ce qu'elle fait : son histoire tragique devient un récit hilarant : elle s'adresse au public, fait des blagues sur l'allemagne de l'Est et le communisme, se lance dans des chansons très rock n' roll avec des chorégraphies provocatrices... mais tout ça c'est de la poudre aux yeux pour cacher à quel point elle est perdue et brisée. Elle est à la fois forte et fragile, provocante et touchante.


J'ai été bluffée par le talent des acteurs : j'aimerais comprendre comment Neil Patrick Harris fait pour être aussi à l'air en talons. Non seulement il marche comme s'il en avait porté toute sa vie, mais il saute, et danse, et marche sur le capot et pare-brise d'une voiture, et escalade les décors....normal. 
Moi je manque de me casser la gueule juste en marchant sur le trottoir, perso...


Ce qui m'a frappé, c'est à quel point la gestuelle de Hedwig et Yitzhak était parfaite.
Neil Patrick Harris bougeait...et bien, comme une femme. Pas de manière exagérée, genre caricature, mais au contraire, dans des détails. La manière de tenir ses bras, ou de placer ses hanches lorsqu'il se tenait immobile, particulièrement, était bluffante.

Et même chose pour Yitzhak : bien qu'étant un homme dans l'histoire, le rôle est traditionnellement joué par une femme. La musique est écrite pour une femme de toute façon.
Et bien, d'où j'étais, j'étais persuadée que c'était un acteur masculin jusqu'à ce qu'elle se mette à chanter...le timbre était clairement féminin, et j'ai passé une partie du show à me poser la question. D'ailleurs, ce n'est qu'en vérifiant dans mon Playbill que je n'ai été convaincue que Yitzhak était bel et bien joué par une femme : tout dans sa gestuelle respirait la testostérone. Encore une fois, pas d'exagération en mode "je carre les épaules et j'essaye de prendre une démarche macho"...juste une manière de placer son corps et de se déplacer. 



J'ai d'ailleurs lu une interview où l'actrice, Lena Hall, explique qu'elle a passé des heures à regarder des hommes marcher et bouger et à essayer de reproduire le mouvement. Et son petit truc pour se mettre dans le personnage : s'asperger de déo et de parfum d'homme juste avant d'entrer en scène !


J'étais super déçue que NPH ne fasse pas la stage door après le show, mais il devait rempiler sur un deuxième show juste deux heures après, et, vu à quel point le show est physique, on l'excuse.










En plus, un des guitaristes m'a donné son mediator, alors !

~ ~ ~

Le lendemain je suis partie me promener à Brooklyn















la "plage" de Brooklyn















Je me suis posée dans l'herbe à lire Game of Thrones avec vue sur le pont et Manhattan....parfait
































...to be continued...

PS : le titre [...and if you've got no other choice, you know you can follow my voice through the dark turns and noise of this wicked little town...], qui pourrait se traduire par : "et si tu n'as pas d'autre choix, tu sais que tu peux toujours suivre ma voix à travers les virages sombres et le bruit de cette sale petite ville", vient de la chanson "Wicked Little Town" de Hedwig.
Et c'est plus ou moins ce que je fais quand je me balade seule, que ça soit à New York, à Rennes, à Cork, à Paris, ou à Wellington : je mets mon iPod, et je laisse la musique me guider à travers les virages, les lumières et les bruits...





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